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Cordillère blanche

Laguna 69 : une aventure à couper le souffle !

8 juillet 2017

Après avoir surmonté 2 treks d’acclimatation dans la cordillère noire (Laguna Wilcacocha et Rataquenua) nous nous sentions d’attaque pour tenter la mythique Laguna 69 située au cœur de la cordillère blanche !

Pour ceux qui ne connaissent pas cette randonnée mythique je vous plante le décor :

Le départ de la randonnée est situé à 3h en bus de Huaraz. Pour rappel, cette ville culmine à 3100 mètres d’altitude, ce qui fait déjà un léger choc lorsqu’on habite à Nantes le reste de l’année… Le point de départ de la Laguna 69 est à 3900 mètres d’altitude, l’arrivée après 7 km de marche s’élève à 4630 mètres d’altitude (pas loin du Mont Blanc, pour situer). Voilà le topo, voici maintenant comment ça c’est déroulé pour nous…

– Prise de risque –

Mercredi 21 juin 2017, nous sommes à Huaraz depuis 3 jours et repartons le lendemain soir pour une nuit de voyage en bus. Ça fait une semaine déjà que la route de la Laguna 69 est fermée, autant dire que nous rongeons notre frein, la Cordilliera Negra c’est sympa, mais ce n’est pas la raison principale de notre venu en territoire andin. Dans l’auberge de jeunesse ou nous séjournons, on nous donne toujours la même information : la route est fermée impossible de tenter le trek… J’harcèle le gérant de l’auberge ainsi que les différents employés, chacun appelle ses contacts pour en savoir plus. L’avancée des travaux est assez floue personne ne sait grand-chose jusqu’à ce que par miracle Fernando (gérant de l’auberge) arrive vers 19h et nous annonce qu’un bus part le lendemain pour tenter l’ascension. Rien n’est sûr, il semble qu’au lieu des 15 km prévus il soit nécessaire d’en faire 30… Nous n’avons pas le temps de nous poser la question, Lorie hésite, mais nous tentons le coup, on n’aura pas d’autre occasion de vivre cette aventure. Finalement, en discutant plus tard à table avec d’autres voyageurs nous sommes 6 à tenter le coup, une autrichienne, une irlandaise, une française, un français, Lorie et moi-même.

– Entrée en matière –

Jeudi 22 juin : il est 4h30 du matin quand le réveil sonne, se lever tôt ne fait aucune différence je n’ai pas fermé l’œil de la nuit… trop impatient d’en découdre avec ma montagne. A 5h pétante on monte dans le bus direction la cordillère. Après 2h30 de route on s’arrête pour prendre un petit déjeuner avec nos compagnons de fortune, on se fait péter le ventre pour être en forme pour la route. Nous repartons après jusqu’aux travaux, bonne nouvelle nous n’aurons qu’à marcher 500 mètres de plus pour rejoindre un minibus qui nous emmènera au pied de la randonnée. On se jette tous dedans pour attaquer la montagne, j’ai passé les 20 minutes de route debout dans le minibus 4×4 à sauter et à fléchir les jambes pour tenter de compenser les innombrables crevasses qui jalonnent la piste. Le souffle déjà court, on arrive enfin, je sors mon altimètre, nous sommes à près de 3900 mètres, il est 8h30 les choses sérieuses commencent.

– Une première phase agréable –

Nous démarrons par environs 1,5 km de plat, nous laissons nos compagnons prendre de l’avance pour ressentir la solitude que nous aimons tant dans la montagne. Cette partie du trek est sublime, au milieu d’une vallée longeant une rivière, entouré par des sommets qui vous regarde du haut de leur 6000 mètres d’altitude. Nous rencontrons simplement quelques vaches ainsi que de vieilles bâtisses dont les toits en torchis n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. C’est sublime, nous profitons à fond en se disant que malgré l’altitude si tout le trek se déroule ainsi nous devrions arriver sans peine à la Laguna… Nous ne savions pas que nous nous trompions lourdement à ce moment-là !

Cordillère blanche

– Premières montées –

Nous arrivons près d’une magnifique cascade, le sentier devient sinueux, ça y est ça grimpe. Je laisse Lorie partir devant, elle est bien plus à l’aise dans ce genre de situation, je marche à mon rythme en essayant de trouver mon « pas » (le fameux rythme dont parle beaucoup les alpinistes, il s’agit de la vitesse à laquelle vous pourrez marcher pendant des heures sans arrêt même en côte et en altitude). Je respire fort, je me focalise uniquement sur mon rythme, je rattrape Lorie qui préfère suivre mon allure au final. Plus loin, en marchant lentement et en profitant de la beauté des lieux nous rattrapons d’autres voyageurs partis plus vite que nous. Après 400 mètres de dénivelé nous arrivons à une grande vallée ou nous allons pouvoir faire environs 1km de plat. Or mi les quelques arrêts photos nous aurons passé cette phase sans trop de difficultés.

– Désillusion –

Nous arrivons ensuite sur une belle étendu herbeuse de là nous observons un très beau lac, mais ça ne ressemble à ce que nous connaissons de la Laguna 69. Et oui, cette randonnée a beau être magnifique, elle n’en est pas moins très difficile psychologiquement, il faut savoir qu’avant d’arriver à la Laguna 69 vous serez à plusieurs reprise persuadés d’avoir enfin atteint l’arrivée alors qu’il ne s’agit en fait que de paliers avant la destination finale. Après avoir longés plusieurs lagunas, nous arrivons à une dernière montée, bien plus raide que les précédentes,  nous sommes à bout de souffle, je regarde mon altimètre : 4400 mètres d’altitude. Nous marchons depuis 2h, et là je me dis, « on nous donne 3h de temps moyen pour atteindre le sommet, il ne nous reste que 200 mètres de dénivelés, si nous continuons à bon rythme on arrivera en 2h30 tout au plus »… Encore une erreur de jugement…

– Dernière ligne droite sinueuse –

Nous entamons cette montée plein d’humilité, nous avons déjà souffert sur les précédents passages et préférons y aller à rythme lent. Au bout de quelques minutes nous sentons chacun une pression sur nos tempes, légère au début puis de plus en plus en plus forte, c’est l’altitude qui nous somme de redescendre. Nous ralentissons mais continuons, nous voyons plusieurs personnes arrêtés ou en train de faire demi-tour. Je pense que c’est plus sage de savoir quand s’arrêter que de continuer même si l’on est en difficulté, cependant, dans certain cas, la raison ne l’emporte pas toujours. Nous continuons, arrivés à 4500 mètres d’altitude, nous nous arrêtons tous les 10 pas pour prendre une pause, nous y sommes presque nous le savons mais nous n’en pouvons plus. A l’issu d’un ultime effort, je m’assoie, je n’en peux plus, c’est une erreur, mon corps pèse tellement lourd que je ne pourrai probablement pas me relever si je m’assoie mais tant pis, je n’y arrive plus. A ce moment-là Lorie a une idée lumineuse, sans quoi nous n’aurions peut-être pas atteint l’arrivée, elle me dit « tu veux une banane ? », je lui réponds « je crois que j’ai jamais autant voulu manger une foutu banane que maintenant ». On reste posé environs 5 minutes, après quoi on décide de repartir, c’est décidé on y arrivera. Près de 50 minutes après avoir entamé cette ultime montée nous apercevons enfin ce lagon, bleu azur, splendide, magnifique au milieu de sommets enneigés perchés à plus de 6000 mètres d’altitudes ! Je viens de vivre l’épreuve la plus difficile de mon existence, et je contemple en même temps le plus beau spectacle qu’il m’ait été donné de voir. Le sentiment que nous éprouvons alors est sans pareil, bien plus fort que du soulagement, bien plus intense que le sentiment d’accomplissement le plus dingue jamais ressenti, il est dur de mettre des mots sur ce que nous éprouvons à cet instant. Nous nous asseyons, et profitons de ce moment pendant environ une heure. La descente prend environs 1h30 et est une réelle partie de plaisir en comparaison avec ce que nous venons de traverser, nous arriverons vers 20h à Huaraz, juste à temps pour prendre une douche avant notre bus de nuit !

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